La Solution Thalassa - Philippe Raxhon
- Opi
- 5 déc. 2019
- 6 min de lecture


Titre : La Solution Thalassa
Auteur : Philippe Raxhon
Date de Sortie : 18 mai 2019
Genre : Thriller, historique
Edition : Auto-Edition

Philippe Raxhon, 54 ans, est professeur à l’Université de Liège et chercheur qualifié honoraire du Fonds National belge de la Recherche Scientifique (FNRS).
Il enseigne notamment l’histoire contemporaine et la critique historique.
Auteur de nombreux livres et articles sur les relations entre l’histoire et la mémoire, il est aussi scénariste de docu-fictions
La Solution Thalassa est son deuxième roman, faisant suite à La Source S, paru en 2018.
Il partage ici son expérience d’historien au profit de l’écriture et de la trame narrative de son thriller, en invitant le lecteur à ses risques et périls sur les chemins escarpés de l’histoire.

Lorsque l’historien François Lapierre est invité à donner un séminaire sur la Shoah par un chef d’entreprise du secteur de l’intelligence artificielle et militant écologiste, il ignore que son destin vient de basculer.
En route pour les Ardennes belges, sollicitée par un général américain souhaitant rapatrier le corps d’un soldat tué en décembre 1944, l’historienne Laura Zante ne mesure pas la portée du voyage qu’elle entreprend.
Ils sont loin d’imaginer l’ampleur de la confrontation qui les attend, le prix à payer, les défis qu’ils vont devoir relever au péril de leur couple, de leur vie.
Quand le mensonge est plus vrai que la vérité, comment lutter contre lui ?
Et que vaut l’esprit critique dans une époque où les Lumières s’éteignent ?
Les leçons de la mémoire ont-elles encore un sens dans un monde où la manipulation atteint la perfection ?
La Solution Thalassa n’est pas un voyage au fond des temps, c’est une plongée dans les bas-fonds de notre présent.
La Solution Thalassa, mieux vaut y être préparé. Elle vous fera vaciller.
NOTE : Pour aborder ce roman, il n’est pas indispensable d’avoir lu La Source S, le premier épisode des aventures de Laura Zante et François Lapierre.
Néanmoins cette lecture permet de mieux saisir certaines allusions contenues dans La Solution Thalassa.

Je souhaite avant tout adresser un immense merci à Philippe Raxhon pour sa confiance en m’ayant à nouveau confié son roman.
Il y a plus d’un an déjà, nous nous sommes penchés sur le cas particulier de La Source S, premier roman de l’auteur et historien Philippe Raxhon. Un ouvrage à la précision et à la profondeur remarquable qui n’a pas manqué de se faire une place particulière dans nos esprits, et à tout y renverser.
En vient alors la question de repartir ou non pour un tour. Il suffit de poser ses yeux sur le résumé de La Solution Thalassa pour comprendre que l’on monte encore d’un cran. Après la quête d’une vérité bouleversante dans La Source S, nos héros semblent confronter cette fois-ci à une question beaucoup plus essentielle : qu’est-ce que la vérité ? Et à quoi ressemble-t-elle ?
Une couverture plus sombre que la précédente, un titre plus mystérieux et un résumé encore plus intriguant, nous voilà embarqués pour une nouvelle aventure !
« On croit que la vérité est nécessairement audible, on se trompe, qu'elle est intelligible, on fait erreur. La saveur du mensonge peut être une liqueur bien plus douce au palais que l'âcreté de la vérité. »
Pour ceux qui ont la chance de lire La Source S auparavant – lecture que je conseille même si elle n’est pas nécessaire à la compréhension de La Solution Thalassa – le premier petit bonheur en commençant la lecture et de retrouver nos deux héros favoris : François Lapierre et la pétillante Laura Zante. Ils sont toujours fidèles à eux-mêmes et forme un duo complémentaire et très efficace.
Pourtant, le déroulement de l’intrigue va mettre leur petit équilibre en péril. En effet, l’histoire débute lorsque François reçoit une invitation de la part d’Alfred Rosenshark, un homme d’affaire d’origine anglaise, travaillant dans l’intelligence artificielle et engagé dans les questions écologiques. Ce dernier demande au professeur Lapierre de donner un séminaire sur quatre jours aillant pour point culminant la réponse à l’interrogation : « Pourquoi la Shoah ? ». Un sujet délicat mais néanmoins pertinent pour un protagoniste qui, à l’image de l’auteur, accorde autant d’importance à la question de la mémoire.
« Dans ce bus surpeuplé, c’est clair, François Lapierre sentait venir à plein nez un vent mauvais. »
Cette fois-ci, malheureusement, sa chère et tendre Laura ne l’accompagnera pas. En effet, la Sicilienne et quant à elle amené à se diriger dans les Ardennes, où un général américain du nom de John Marshall Bedford lui a demandé de l’aide. En effet, ce dernier souhaite récupérer le corps d’un soldat mort en 1944, et espère que Laura pourra l’aider à lutter contre l’opposition des locaux à son projet.
Nos deux tourtereaux ne font donc, cette fois-ci pas front commun. Chacun de leur côté, ils s’occupent de leurs propres affaires. Ce qui est intéressant dans ce roman, en comparaison toujours à son prédécesseur La Source S, c’est que le couple formé par le Français et la Sicilienne et d’autant plus pertinent. Ils ont beau s’aimer, ils aiment aussi leur métier. Ce sont des passionnées, qui n’ont pourtant pas toujours la même vision des choses. Leur relation apporte un nœud dramatique supplémentaire, rendant la tension encore plus présente.
« Laura était aussi son amie, sa meilleure amie. Et sa petite voix intérieure lui répéta qu’un cadeau pareil, c’était une fois dans une vie. »
À nouveau, le duo principal gravite autour d’une nuée de personnages divers et intéressants. Le général Bedford est au final assez en arrière. Malgré son importance dans le déclenchement de l’aventure de Laura, il n’est pas celui qui nous a le plus marqué à la fin du livre.
Ce qui n’est pas le cas de Alfred Rosenshark, qui est exactement le genre de figure que les adeptes du thriller apprécient. C’est un homme dont l’intelligence ne peut être remis en cause, qui sait toujours ce qui fait et qui semble avoir en permanence un coup d’avance sur les autres, y compris sur Lapierre. D’ailleurs, à plusieurs reprises, François se demandera s’il ne joue pas le jeu de Rosenshark en faisant telle ou telle action. C’est un être aussi puissant, qui a de nombreuses ressources. Ainsi qu’une manière de penser très particulière qui ne manquera pas de fasciner le lecteur.
Aux côtés de Rosenshark, apparaît l’Écossaise Pamela Erskine. Difficile de trop en dire sur elle sans trop en dire. Nous pouvons juste signaler qu’elle contribue à appuyer l’aspect « thriller » du roman et ainsi à conserver un bon équilibre entre mystère, action et réflexion.
Pour conclure sur les personnages, nous pouvons citer Lisa, une jeune fille rêvant de devenir historienne et dont la route croisera celle de Laura. Ce qui est parfait puisqu’elle est une sorte de « mini-Laura », très attachante, drôle et pleine de bonne volonté. Elle est de ces personnages secondaires qu’on n’oublie jamais et qui nous manque à la seconde où l’on referme le livre.
Encore une fois, Philippe Raxhon embarque ses personnages dans des endroits divers et variés, citant des hôtels et des restaurants qui existent pour de vrai, et dont les descriptions sont millimétrées, et qui ajoute au réalisme de l’intrigue. De plus, cela aide à se plonger dans l’intrigue, on a l’impression d’être au restaurant avec François ou bien dans la voiture direction les Ardennes avec Laura.
Un réalisme appuyé aussi par la convocation d’événements, de documents historiques réalistes qui plairont aux grands amoureux de l’Histoire, et à ceux qui – comme moi – auront la curiosité de faire de plus amples recherches après leurs lectures. Citons par exemple le cas effarant des Protocoles des sages de Sion – ce qui explique aussi en partie le symbole sur la couverture. L’histoire est plus à l’honneur que jamais et embraque à nouveau François, et le lecteur, dans un tourbillon sans fin
« La vraie propagande ne consiste pas à transformer les hommes en moutons, ça ne marche pas, la propagande efficace est celle qui dit avec simplicité aux hommes ce qu'ils veulent déjà entendre, ce qu'ils sont déjà prêts à croire et à adopter à cause de stéréotypes dont ils n'ont même pas conscience. »
Car en tant qu’historien, François se pose de nombreuses questions sur les conséquences de ses actes, et de ses découvertes. Il ne peut pas les ignorer, et ses doutes deviennent les nôtres. Tout cela nous pousse aussi à nous poser la question de la mémoire. Et même si les conclusions de François et Laura impliquent forcément une prise de position, l’auteur parvient à présenter les choses de manière à ce qu’au final, toutes les interrogations de fonds sont laissées à l’interprétation.
Le fait est que les questions sont posées, le reste est du ressort du lecteur.
Mais pas de panique ! La Solution Thalassa n’est pas un long cours d’histoire, bien au contraire. Philippe Raxhon a su trouver l’équilibre et l’action reste présente au fil des pages. Mise à part un petit creux peut-être au milieu du roman, une bonne rythmique ce maintien en générale. Le tout porté par une plume agréable et fluide, entachée peut-être à quelques endroits par des adverbes parfois trop présents, même si cela reste occasionnel.
C’est à nouveau un grand oui pour Philippe Raxhon. Une lecture qui pousse notre cerveau à se poser des centaines de questions sur des thèmes importants. L’on en ressort avec la sensation de devoir remettre tout ce que l’on sait en doute, une terrible envie de nous replonger dans La Source S.
« L’avenir a besoin du passé pour être éclairé ».
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